Voyager tout le temps

Le voyage est un état d'esprit

Trois semaines à Cuba en famille: la Havane (1)

La réalisation d’un rêve

Vous connaissez l’histoire du mec qui butine d’une femme à l’autre pendant des années sans même ne s’apercevoir que sa voisine pourrait bien être LA femme qu’il cherche tant. Eh bien, c’est un peu mon histoire et ma voisine s’appelle Cuba. Non mais c’est vrai, l’ile n’est qu’à quelques kilomètres passés la Floride mais elle est à peu près le 30e pays que je visite. Désolé de t’avoir ignorée aussi longtemps ma belle!havane-monsieur-enfant
C’est qu’en vieillissant on devient moins naïf et ça faisait déjà un petit bout de temps que je remarquais que ma voisine me faisait de l’œil. Cette fois, elle y met le paquet. Billet d’avion à un prix dérisoire, congé de paternité en plein hiver, Fidel hospitalisé, bouteilles de rhum vides à la maison, bref je devais faire mon bout de chemin dans notre rapprochement.
– Annie, ça te dirait d’aller à Cuba pendant mon congé de paternité? Je voudrais voir ce pays avant que ça change.
– C’est que je suis enceinte jusqu’aux oreilles chéri, peux-tu me laisser le temps de donner la lumière avant de planifier un voyage s’il te plaît?
– Euh oui c’est bien trop vrai. De toute façon j’ai rarement vu le nom « à déterminer » sur un billet d’avion.
Quelques semaines après la naissance de Félicia, ou peut-être quelques jours. Ou quelques heures? De toute façon ce n’est pas important, je reviens à la charge.
– Annie, devine quoi. Les billets pour Varadero sont à moins de 400$.
– Vendus.
Trop facile!

Nous voilà donc à Cuba et dès la sortie de l’avion la réalité nous frappe. Photos de tous les voyageurs à la douane et file interminable pour obtenir des billets de banque. Bienvedidos a Cuba. Mais le plus traumatisant ce n’est pas ça, nous y étions préparés. Non, le plus traumatisant c’est qu’on est entourés d’homo quebecus primitivi. Heureusement, sur la route leurs minibus prennent à droite et filent vers Varadero, tandis qu’Augusto, notre chauffeur de taxi, prend nonchalamment sur la gauche la route qui mène à La Havane. Nous retrouverons nos primates deux semaines plus tard non sans gêne.
Deux petites heures sur la banquette arrière d’une vieille bagnole qui nous rendent déjà délinquants. Car c’est bien connu, en voyage rien ne peut nous arriver. Donc, les filles voyagent sur nos genoux, les cheveux dans le vent et on est heureux. De toute façon, je plains l’arbre sur lequel ce tank qui nous sert de taxi déciderait d’achever sa course.
Avec Floriane, je regarde défiler le paysage. Que c’est beauuuuuu! Wowwww! Bon, j’en mets un peu pour l’impressionner et ça fonctionne.
– Regarde papa. C’est quoi ça?
– Un arbre ma chouette.
– Wowwwww! C’est Beauuuu! Et ça?havane_centro
– Ça, c’est la mer.
– Wowwwww! C’est Beauuuu!
– Comme tu apprends vite à voyager toi.
– Et ça papa? C’est quoi?
– Ça, c’est une mule qui va regretter de s’être réveillée aujourd’hui si Augusto ne change pas de voie bientôt.
– Et ça papa, c’est quoi.
– Là, je ne réponds plus, je suis parti, dans mes pensées. Je fixe Floriane et j’ai un large sourire. Je suis en train de me rendre compte que je réalise présentement un de mes rêves. Depuis qu’au Vietnam on avait rencontré une famille de Néo-Calédoniens qui voyageaient avec leur progéniture je m’étais dit, on s’était dit, que ça doit être vraiment merveilleux de pouvoir voyager avec des enfants, combien de portes doivent s’ouvrir juste par leur présence et leurs sourires. Dès lors, j’en ai fait un rêve à réaliser. Et voilà, je le réalise devant ce magnifique paysage qui défile devant nous. Je réalise que je réalise un rêve quand…
– Papa, paaaapa… PAPA!!!!!! C’est quoi ça?
– Je cligne des yeux une dizaine de fois pour assécher l’émotion qui s’y était liquéfiée et je reviens à la réalité.
– C’est quoi ça papa?
– Des bananes ma chérie. Tu veux pas dormir un peu là?
C’est que ça peut être exigeant des rêves qui incluent des enfants. Mais on va s’y faire. Heureux.

La Havane en famille

J’imaginais La Havane comme une ville laissée à l’abandon depuis que les dirigeants corrompus et mafieux ont fui le « bordel de l’Amérique » juste avant l’arrivée des révolutionnaires en 1959. Je l’imaginais, grise, délabrée, charmante et accueillante. Eh bien, elle était à peu près comme je me l’imaginais, sauf pour le gris. Des Cubains et des Cubaines l’habitent et lui donnent toutes ses couleurs caractéristiques. Le havane_musiciens_florouge et blanc des chanteurs de Guatanamera, le jaune effervescent de la danseuse ambulante, le brun lumineux de ces joueurs de dominos, le rose psychédélique de ce bâtiment peinturluré au milieu de ruines, les bleus ciel et mer du Malecon. Et je n’ai même pas parlé des voitures qui pigmentent partout le décor. Mais au-delà des couleurs, ce qui frappe à La Havane c’est… en fait je ne le sais pas. Quelque chose me fascine mais je n’arrive pas à mettre le doigt dessus. J’en parle à notre hôte.
– Rigo, si tu me parlais de Cuba?
– Avec plaisir Sylvano, nous les Cubains sommes…
Et là, il part sur un dithyrambe. Je ne résumerai pas ici ses propos mais en quelques minutes il me fait un cours d’histoire de Cuba tout en varlopant le monde capitaliste dans lequel nous vivons. Quand il parle de son pays, son regard et sa gestuelle sont empreints d’amour et de conviction et quand il critique l’occident, il me regarde avec fermeté, comme pour me faire comprendre que jamais les Cubains de se laisseront marcher sur les pieds par qui que ce soit. Cependant, un mot revient régulièrement : fierté.
C’est exactement ça la chose qui me turlupine. J’étais habitué à voyager dans des pays où la pauvreté était perceptible dans tous les aspects de la vie. À Cuba, c’est frappant de remarquer à quel point le pays est pauvre sans que les habitants ne démontrent quelque apparence de pauvreté. Ils sont fiers, je l’ai déjà dit. Il n’est pas rare de voir sortir un homme ou une femme admirablement bien vêtu d’une ruine qui fait office de demeure familiale.
Rigo et sa femme Raisa représentent bien le peuple cubain. Lui, entrepreneur éduqué, il gère sa casa particular dans le Centro Havana comme le feraient les havane_souper_casagestionnaires formés aux meilleures universités occidentales. Ce type de logement pour touristes pullule sur l’ile et permet aux voyageurs de vivre Cuba de l’intérieur, c’est-à-dire en vivant avec les Cubains. Bref, on est chez nous et Rigo nous fait sentir ainsi. Elle, médecin, travaille dans un hôpital et gagne environ 1$ par jour. Elle pourrait faire comme plusieurs et décider de travailler pour les touristes. Vous imaginez, un seul dollar de pourboire équivaut à une journée de travail à l’hôpital. Mais elle ne le fait pas. Raisa croit que ses compatriotes ont besoin d’elle et elle en veut beaucoup aux professeurs et médecins qui quittent leur emploi pour un eldorado touristique laissant ainsi les classes vides d’enseignants et le système de santé cubain à la déroute.
havane_rueSi vous allez à la Havane, ne faites que ça : marchez, parlez aux gens, écoutez la ville et laissez-vous guider par votre instinct de voyageur. C’est ce que nous avons fait pendant une semaine avant d’être appelés par la campagne. Vinales, on s’en vient.

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